Espèces
VOLUMETilapia
Oreochromis niloticus
Noms locaux · carpe

Le tilapia du Nil est l'espèce la plus élevée en Côte d'Ivoire. Il supporte des densités élevées, accepte un aliment simple et se vend entier sur tous les marchés du pays, ce qui en fait l'espèce d'entrée pour la plupart des nouveaux pisciculteurs.
Fiche espèce
Le tilapia du Nil est un poisson d'eau douce robuste, omnivore, originaire des eaux chaudes d'Afrique et appelé « carpe » un peu partout en Côte d'Ivoire. Peu exigeant pour sa nourriture, à croissance rapide, il s'adapte à des milieux très variés et se reproduit facilement : on peut l'élever dans toutes les eaux douces du pays.
C'est aussi ce qui fait sa difficulté. Il se reproduit dès trois à quatre mois, et sans maîtrise du sexe des alevins un étang de grossissement se remplit de petits poissons qui ne grossissent plus. C'est la première chose à comprendre avant d'empoissonner.
Reconnaître l'espèce. Poisson osseux au corps haut couvert d'écailles imbriquées, pouvant atteindre 45 cm pour environ 2 kg. Longue nageoire dorsale épineuse, flancs clairs souvent marqués de bandes verticales.
Mâle ou femelle. Les papilles génitales diffèrent : chez la femelle on distingue un pore urinaire et un pore génital séparés, chez le mâle une seule papille en forme de cône. Passer un doigt encré doucement sur la papille rend le pore génital de la femelle plus visible. Le mâle grossit plus vite : c'est lui qu'on garde pour le poisson marchand.
Paramètres d'eau recommandés
| Paramètre | Plage favorable | Seuil d'alerte |
|---|---|---|
| Oxygène dissous | 5 – 8 mg/L | < 3 mg/L |
| Température | 25 – 32 °C | < 20 °C |
| pH | 6,7 – 8,5 | < 6 ou > 9 |
| Ammoniac (N-NH₃) | < 0,025 mg/L | > 0,05 mg/L |
| Transparence (disque de Secchi) | 30 – 50 cm | < 15 cm |
Oxygène, pH et ammoniac sont les valeurs suivies par les Directives techniques pour une pisciculture durable ; le diagnostic de l'eau du site applique les mêmes seuils. À valider par le comité scientifique et technique.
Élevage pas à pas
L'élevage se fait en trois étapes, dans trois étangs différents : la production d'alevins (reproduction), la production de fingerlings (prégrossissement), puis la production de poissons de consommation (grossissement).
Le site. Une source d'eau fiable toute l'année, un sol qui retient l'eau pour un étang, une route praticable en saison des pluies pour sortir le poisson. Un bon site se juge aussi à la distance du marché.
L'étang. Un étang qui fonctionne bien a une arrivée d'eau dont le tuyau débouche à une dizaine de centimètres au-dessus de la surface ; une vidange placée au point le plus profond et le plus loin possible de l'arrivée — le moine en béton est le meilleur dispositif, un tuyau inclinable suffit en dessous de 4 ares ; un fond en pente de 0,5 à 2 % pour permettre la mise à sec complète ; une profondeur d'au moins 0,5 m pour éviter l'envahissement par la végétation et de 1,5 à 2 m au plus au niveau du moine, au-delà l'eau est trop sombre et trop pauvre en oxygène. Prévoyez une caisse grillagée à l'arrivée pour empêcher les poissons étrangers d'entrer, et des digues en argile dépassant l'eau de 30 cm, larges d'au moins un mètre au sommet et engazonnées contre l'érosion.
Les autres systèmes. Cage flottante sur un lac ou une lagune quand on n'a pas de terrain ; bac hors-sol ou bassin bétonné pour un démarrage en ville, avec aérateur obligatoire. Chaque système a sa densité et sa conduite.
L'empoissonnement. Des fingerlings mâles mis à l'eau tôt le matin, après avoir égalisé la température des sacs et de l'étang pendant une vingtaine de minutes. En étang de grossissement, compter 2 à 5 fingerlings par m², en moyenne 2,2 ; on peut monter vers le haut de la plage si l'aliment est abondant, riche en protéines (35 à 40 %) et l'étang bien oxygéné.
La conduite. Nourrir à heures fixes, mesurer l'oxygène avant le lever du jour, faire une pêche de contrôle tous les quinze jours sur un échantillon d'environ 30 % de l'effectif — sans nourrir la veille ni le jour même — et réajuster la ration à chaque fois.
La surveillance. Maintenir le niveau d'eau constant ; laisser l'eau s'écouler en permanence quand la source est abondante ; quand elle manque, fermer l'arrivée la journée jusqu'à 17 h puis la rouvrir pour la nuit. Garder l'herbe des digues très basse pour ne pas héberger batraciens et serpents, arracher les jeunes arbres, boucher les fuites à l'argile bien damée, curer la vase après chaque vidange.
La récolte. Elle intervient à la taille marchande, 400 à 500 g voire plus. Toute pêche démarre très tôt le matin : le poisson supporte mieux les manipulations quand il fait frais. Baisser le niveau de l'eau, puis passer la senne — maille 6 mm pour les alevins et les fingerlings, 14 mm pour les poissons marchands. La senne mesure environ 1,5 fois la largeur de l'étang et 1,5 à 2 fois la profondeur maximale ; il faut 3 à 6 personnes et 2 à 3 passages pour sortir la quasi-totalité du poisson. Pour une petite quantité, l'épervier lancé depuis la digue suffit.
Reproduction & alevins
La production d'alevins est un métier à part entière. Si vous débutez, achetez vos alevins à une écloserie listée dans l'Annuaire, demandez le taux de mâles attendu et refusez un lot aux tailles trop hétérogènes.
Les géniteurs. Des poissons en bonne santé, sans blessures ni champignons, bien nourris. Les femelles ont le ventre arrondi, la papille génitale gonflée, rouge ou rose, et pèsent 100 à 200 g ; les mâles 150 à 250 g. En happa ou en bassin bétonné, on travaille avec trois femelles pour un mâle, à une densité de 1 à 4 géniteurs par m². Les géniteurs sont nourris à 3 % de leur biomasse en trois repas, et réformés après six mois de reproduction.
Le happa. Des poches fixes en filet moustiquaire nylon de maille 1 mm, attachées à huit piquets de bois enfoncés dans le fond de l'étang, sur une profondeur d'au moins 1 m. L'étang est nettoyé, asséché une semaine, chaulé pour éliminer pathogènes, parasites et prédateurs, puis remis en eau ; des toiles moustiquaires à l'entrée et à la sortie laissent l'eau circuler sans laisser passer les poissons.
La ponte. La femelle pond environ 1 000 œufs que le mâle féconde, puis les reprend en bouche. Au bout de 24 heures d'incubation des taches de pigmentation apparaissent sur l'embryon ; l'alevin devient libre à 10–12 mm. Une femelle en bonne condition se reproduit toutes les 30 à 40 jours.
| Température de l'eau | Durée du cycle de reproduction |
|---|---|
| ≤ 25 °C | 20 à 23 jours |
| 25 – 28 °C | 17 à 21 jours |
| ≥ 28 °C | 14 à 18 jours |
La récolte des alevins. Elle commence 30 à 45 jours après la mise en couple, puis se répète toutes les deux semaines à l'aide d'une senne de maille 6 mm. Dans un étang de reproduction de 400 m² (4 ares), on peut produire 60 000 à 80 000 alevins en six mois.
Le prégrossissement. Les alevins de 1 à 3 g partent en étang de prégrossissement à 20 à 25 individus par m² — jusqu'à 150 à 200 par m³ en happa, bassin bétonné, bac hors-sol ou cage flottante, avec aérateur dans les deux premiers. La phase dure 2 à 3 mois selon la qualité de l'aliment et de l'eau, avec une ration de 6 % de la biomasse fractionnée en au moins quatre repas.
Le sexage. À la fin du prégrossissement, les fingerlings sont sexés tôt le matin ou en soirée pour que le soleil ne les affecte pas. Les mâles partent en grossissement ; une partie des femelles est gardée comme futures génitrices. Certaines écloseries masculinisent l'aliment des alevins à la 17α-méthyltestostérone, ce qui supprime le sexage manuel. En étang, on peut aussi associer un prédateur, Hemichromis fasciatus, à raison de 1 pour 20 tilapias, pour éliminer les alevins issus d'une erreur de sexage.
Alimentation
Un aliment flottant extrudé donne les meilleurs résultats et permet de voir ce que le poisson mange. L'aliment de ferme fabriqué avec des produits locaux coûte moins cher au sac mais demande une bonne formulation pour ne pas coûter plus cher au kilo de poisson produit.
Combien donner. La ration quotidienne est un pourcentage de la biomasse, qui baisse à mesure que le poisson grossit. Elle se recalcule après chaque pêche de contrôle.
| Poids moyen individuel | Taux de rationnement (% de la biomasse / jour) |
|---|---|
| 1 – 5 g | 15 % |
| 5 – 10 g | 10 % |
| 10 – 20 g | 6,6 % |
| 21 – 40 g | 6 % |
| 41 – 60 g | 4,2 % |
| 61 – 80 g | 3,3 % |
| 81 – 110 g | 2,8 % |
| 111 – 140 g | 2,4 % |
| 141 – 170 g | 2,1 % |
| 171 – 200 g | 1,9 % |
| 201 – 230 g | 1,8 % |
| 231 – 260 g | 1,7 % |
| 261 g et plus | 1,6 % |
Table de rationnement du support de cours de la formation qualifiante INFPA / ESPPEC, 2024-2025. Le calculateur d'aliment du site utilise exactement cette table et l'ajuste à la température de l'eau et à l'espèce. À valider par le comité scientifique et technique.
Quand donner. Au moins quatre repas par jour pour les alevins et les fingerlings, deux à trois pour les poissons en grossissement. Deux repas se placent entre 9 h et 10 h et entre 16 h et 17 h pour éviter le gaspillage. Distribuez du côté le moins profond du bassin, où l'on voit les poissons manger.
Formules de ferme. Pour les géniteurs, un aliment farineux au choix : 70 % de farine basse de riz, 20 % de tourteau de coton et 10 % de farine de poisson, à 8 g par géniteur et par jour ; ou 50 % de farine basse de riz et 50 % de tourteau d'arachide ou de coton, à 15 g par géniteur et par jour. Pour les alevins, l'aliment doit titrer au moins 50 % de protéines et être farineux, 0,1 à 0,3 mm, les premières semaines. Le formulateur d'aliment local calcule un mélange au moindre coût pour un taux de protéines cible.
Fertiliser plutôt que suralimenter. Une partie de la nourriture vient du plancton. Au remplissage, 10 à 20 kg de matière sèche de fumier par are, puis 2,5 à 5 kg par are deux fois par semaine, dilués dans l'eau et répandus en fin de matinée. En fertilisation minérale, 300 g de superphosphate à 45 % de P₂O₅ par are — ou 450 g à 30 % — complétés par 300 g de sulfate d'ammoniaque ou 150 g d'urée par are, tous les quinze jours.
Santé
La plupart des mortalités de tilapia en Côte d'Ivoire sont liées à l'eau, pas à une maladie : manque d'oxygène en fin de nuit, ammoniac après un excès d'aliment, chute de température pendant la petite saison des pluies. Avant tout traitement, mesurez l'oxygène et l'ammoniac.
Lire la couleur de l'eau. Le disque de Secchi, un disque blanc et noir de 30 à 40 cm descendu au bout d'un fil gradué, donne la profondeur à laquelle on ne distingue plus les couleurs.
| Transparence | Ce que cela veut dire |
|---|---|
| 1 – 15 cm | Trop de phytoplancton, dangereux avant le lever du soleil. Arrêter la fertilisation, renouveler un quart à la moitié de l'eau, mesurer l'oxygène au petit matin. |
| 15 – 30 cm | Beaucoup de plancton. Arrêter la fertilisation, observer le comportement des poissons, vérifier l'oxygène dissous. |
| 30 – 50 cm | Production planctonique optimale. Poursuivre le plan de fertilisation sans augmenter le débit. |
| > 50 cm | Pas assez de plancton. Augmenter les doses d'engrais, jusqu'à les doubler. |
Signes à surveiller : poissons qui pipent en surface le matin, branchies pâles ou brunes, taches blanches ou ulcères, nage en tourbillon, refus de l'aliment. Le conseiller IA peut proposer les causes probables à partir de vos mesures ; pour un traitement, il renvoie vers un vétérinaire validé.
Marché & prix
Le tilapia se vend d'abord entier, frais ou vivant, par calibre. Le calibre 300–400 g est le plus demandé dans les maquis et chez les revendeuses ; au-dessus de 500 g, le prix au kilo monte mais le marché se réduit aux hôtels et aux supermarchés. Les prix hebdomadaires par marché sont publiés dans l'Observatoire.
Pour éviter les pertes, le poisson peut être gardé vivant en vivier — étang, bassin ou barrique d'eau oxygénée — ou conservé par fumage ou congélation.
Économie
Le poste de dépense principal est l'aliment, entre 55 et 70 % du coût de production selon le système. Le simulateur de rentabilité calcule le seuil de rentabilité d'un cycle à partir de vos propres prix d'alevins, d'aliment et de vente.
Les indicateurs à tenir pour piloter un cycle : le poids moyen (poids total ÷ effectif), la biomasse totale (effectif × poids moyen), le gain moyen quotidien (gain de poids ÷ durée en jours) et surtout l'indice de consommation — la quantité d'aliment, en kilos, nécessaire pour produire un kilo de poisson. Un indice de 2 signifie 2 kg d'aliment par kilo de chair : plus il est bas, meilleur est l'aliment.
Témoignages
Portraits vidéo de pisciculteurs ivoiriens qui élèvent cette espèce — à produire avec l'équipe éditoriale.
Recettes
Garba au tilapia braisé, tilapia à la sauce claire, tilapia fumé au four Thiaroye — des recettes qui nourrissent la demande en poisson local.
Contenu signature
Tilapia en 6 mois
Le journal semaine par semaine d'un cycle complet sur une ferme PSTACI réelle — empoissonnement, ration, pesées, incidents et récolte.